IL NE S’AGIT PAS DE SUPPRIMER UNE TRADITION, MAS DE CHERCHER A LA PRÉSERVER
Lettre de l’abbé Christophe Rajewicz
Curé de la paroisse responsable de la procession de Saint-Corneille

Chers amis,
Je voudrais prendre la parole et, plus encore, je me sens tenu de le faire, à la suite des échanges et des réactions suscités par la proposition de modifier, à partir de cette année, la date de la procession de saint Corneille. Je comprends que cette question suscite des réactions — et c’est plutôt bon signe : cela veut dire que la procession de saint Corneille a une vraie place dans le cœur de notre village. Et cela, je m’en réjouis profondément.
Mais permettez-moi d’apporter quelques éléments de clarification au sujet de cette proposition que le comité organisateur a souhaité formuler. Il ne s’agit en aucun cas de « supprimer » une tradition. Au contraire, il s’agit de lui permettre de continuer à exister dans la réalité d’aujourd’hui.
Une procession ne vit pas seulement d’une date fixée autrefois. Elle vit aussi des personnes qui la portent, qui l’organisent et qui y participent. Or, aujourd’hui, ces forces sont plus limitées qu’autrefois. Si nous ne tenons pas compte de cette réalité, nous risquons non pas d’adapter la tradition, mais de la voir disparaître.
Il est aussi important de bien comprendre ce qu’est une « tradition ». Dans l’Église, on distingue ce qui relève de la Tradition — qui concerne la foi et ne change pas — et les traditions locales, comme nos processions. Celles-ci sont précieuses, mais elles ont toujours évolué selon les époques et les réalités concrètes. Les adapter, ce n’est pas les trahir ; c’est souvent la condition pour les préserver.
Personnellement, il me vient souvent à l’esprit, lorsque je porte Jésus présent dans le Très-Saint-Sacrement, que les vraies traditions, celles qui méritent d’être ravivées et transmises, sont aussi celles-ci : des maisons décorées sur le passage, une présence réelle des habitants, et surtout un vrai respect envers le Saint-Sacrement. Ce sont là des gestes simples, mais profondément enracinés dans la tradition, et même, osons le dire, dans le respect dû à Dieu. Combien j’aimerais les voir davantage encore chez ceux vers lesquels le Seigneur m’a envoyé, il y a déjà des années, comme pasteur.
La date elle-même a aussi un sens historique. Ce type de procession s’inscrit dans la tradition des processions de supplication au printemps, liées aux Rogations : on y demandait la protection de Dieu, de bonnes récoltes, et l’on confiait la vie quotidienne à sa bénédiction. C’est là que se trouve, depuis des siècles, la source la plus ancienne de notre procession. À l’origine de cette démarche, il y avait en effet le désir très concret des agriculteurs et des familles de remettre à Dieu — Seigneur de toute la création et Père attentif à ses enfants — le travail, les semailles, les récoltes, ainsi que les soucis de la vie ordinaire.
Il est important de préciser qu’il n’y a ici aucune volonté d’imposer un changement à tout prix. Cette réflexion vient de l’expérience des années passées, au cours desquelles on a constaté à plusieurs reprises un chevauchement avec d’autres processions voisines, comme celle de saint Georges à Grez-Doiceau, ainsi que d’autres contraintes bien concrètes.
À la suite de cette réflexion, avec les membres de la Confrérie Royale de Saint-Corneille, à laquelle j’appartiens moi-même comme curé de la paroisse, nous avons proposé, à titre d’essai, de situer la procession au quatrième dimanche de mai — cette année, le 24 mai — afin de rester fidèles à ce qui demeure dans la mémoire de beaucoup : son lien avec la quatrième semaine après Pâques.
L’objectif est aussi de chercher ensemble la solution la plus juste et la plus stable possible. Pour l’instant, ce choix permet peut-être de mieux situer la procession dans le temps, grâce à ce repère simple du « quatrième dimanche », plus facilement identifiable et peut-être plus prévisible que des dates directement liées aux variations de la fête de Pâques.
Je tiens aussi à dire, une fois encore, très clairement, que cette proposition n’a été imposée à personne. Elle est le fruit d’une réflexion commune et elle reste une proposition. Si l’expérience montre que cette date n’est pas la plus adaptée, nous pourrons bien entendu la réévaluer.
Essayons ensemble de ne pas perdre cet héritage. Essayons, par un effort commun, de trouver un équilibre et de transmettre cette tradition. Car sa survie dépendra de nombreux éléments : de notre engagement, certes, mais aussi d’un certain esprit, d’un sens des attitudes justes, et du respect dû à ce qui touche au sacré.
Je vous remercie d’avance pour votre compréhension et je vous invite à participer à cette réflexion dans un esprit de collaboration, afin de voir si cette proposition peut être viable à long terme, ou s’il conviendra de revenir à l’organisation précédente.
Préserver une tradition, ce n’est pas simplement la répéter à l’identique.
C’est lui permettre de continuer à vivre.
Et pour cela, nous avons besoin de vous tous.
Bien cordialement,
P. Christophe Rajewicz
Curé de la paroisse
Service de communication de UPBeauvechain













