Le mystérieux Révérend Jean François Brasseur, missionnaire en Amérique !

Contre le mur latéral de l’église – côté sud -, entre les deux fenêtres de la sacristie (le long de la rue Goemans), vous pouvez encore repérer la stèle funéraire du prêtre J.F. Brasseur (« JFB »), natif de la paroisse, et « missionnaire en Amérique » et y lire les inscriptions suivantes avec l’aide d’un soleil rasant …:

Epitaphe Jean-François Brasseur

En 1872, soit quelque 10 ans après le décès de JFB, l’ouvrage de Tarlier1 et Wauters reprend in extenso le texte de cette épitaphe dédiée à JFB. Cette stèle, – l’une des 3 que mentionne cet ouvrage en ce qui concerne « Hamme-sur-Nethen » – est placée « contre le mur extérieur du chœur ». Cette lame – la plus grande de celles qui subsistent – a sans doute été déplacée par la suite pour être « encastrée » dans le mur de la sacristie actuelle. L’examen attentif de la maçonnerie qui entoure cette lame laisse apparaître clairement des briques et des joints de teinte différente du mur courant, vestiges sans doute d’une intégration ultérieure de cette lame à cet endroit et, ensuite, de l’une ou l’autre réparation périphérique même récente. La stèle comprend 3 pièces de pierre bleue. Le socle légèrement en débord ; la lame proprement dite avec l’épitaphe et le tout est surmonté d’une croix en pierre bleue dont la barre horizontale est sensiblement plus grande que la verticale.

Le personnage dont le souvenir y est commémoré m’a immédiatement fort intrigué! Il est né à Hamme, puis a été « missionnaire en Amérique » et il meurt à Schaerbeek en 1861 mais a souhaité être enterré dans son petit village natal… En outre, il fait généreusement don de trois cloches et d’un orgue à l’église de HammeMille. Lui et sa famille semblent avoir été liés de près à cette église. Sept autres stèles – au moins – concernent des membres proches de sa famille. Nous y reviendrons ultérieurement.

L’énigme de sa date de naissance

Selon l’épitaphe ci-dessus, JFB a 62 ans lorsqu’il décède le 27 juin 1861. Sa naissance remonterait donc aux années 1798-1799…L’acte de décès rédigé à sa mort à Schaerbeek reprend bien la date du 11 novembre 1798 comme celui repris dans le registre paroissial des décès à Hamme-Mille. Un autre acte² évoqué ci-dessous lui octroyant une bourse d’étude au grand séminaire de Malines reprend la date de naissance du 11 décembre (?) 1798. D’après mes recherches actuelles, la vraie date de naissance de JFB est le 25 février 1796, soit +/- 2 ans et demi plus tôt. Pourquoi cette conviction ?

Cette date correspond au seul acte3 de naissance d’un Jean François Brasseur à HammeMille retrouvé dans les registres paroissiaux de cette époque avec les deux parents concernés, à savoir, le père, Ferdinand Brasseur, et la mère, Alexandra Detiège. Les registres de l’état civil sont muets à ce sujet ! Les actes des années 1794 à 1796 manquent… de même que ceux de l’an VII du calendrier républicain qui recouvre les dates des 11 novembre et 11 décembre 1798 . L’annexion à la république française et l’instauration du département de la Dyle sous administration française en 1795 va bouleverser les habitudes. S’ensuit sans doute une période de flottement qui se traduit dans le registre dont nous disposons aujourd’hui par des lacunes, par des enregistrements non repris par ordre chronologique, etc.. Un document4 semble appuyer notre conviction : le microfilm partiel et en mauvais état de la liste des naissances à Hamme en l’an VII dont l’examen ne fait apparaître aucun enfant Brasseur…

Le contexte historique et familial de sa jeunesse

La révolution française a lieu en 1789. Ferdinand Brasseur et Alexandrine Detiège se marient à Hamme le 24 octobre 1790. Leur premier enfant, Joseph, frère aîné de JFB, naît le 22 août 1791 à Hamme. Un deuxième frère, Jean Joseph, naît le 29 mars 1794 mais vivra un peu moins d’1 an ! Comme rappelé plus haut, en 1795 est instauré le département de la Dyle sous administration française. JFB naît le 25 février 1796 . La fermeture de l’abbaye de Valduc est en cours (1796-1797). Alors que 1799 voit l’avènement du Consulat en France et que Napoléon devient Premier Consul, Alexandrine Detiège, la mère de JFB décède le 10 août 1799 à 31 ans. JFB n’a que 3 ans ! Très vite, Ferdinand Brasseur se remarie avec Anne Marie Dewaerseggers (une cousine sans doute) qui va lui donner sept enfants dans les années suivantes, tous demi-frères/sœurs de JFB.

Entretemps, Napoléon a été sacré empereur en 1804. 1811 voit aussi, par décret impérial du 24 janvier, la fusion des deux petites communes, Hamme et Mille, en Hamme-Mille. En janvier 1813, Ferdinand Brasseur devient l’un des premiers maires de la commune de Hamme-Mille, Canton de Grez, Département méridional. Il le reste jusqu’en janvier 1816 pour redevenir ensuite boulanger (avec son fils aîné Joseph qui a pris le relais) et/ou cabaretier… Pendant son mandat a lieu le Congrès de Vienne. 1815 voit aussi la défaite de Napoléon à Waterloo et la création du Royaume des Pays-Bas. La vétusté croissante de l’église existante a dû aussi être l’une de ses préoccupations. JFB qui a vu se multiplier entretemps autour de lui les demi-frères et demi-sœurs, a déjà près de 20 ans…et rêve sans doute d’autres horizons…

Sa formation au Grand Séminaire de Malines (1820 – 1824)

L’information fournie par le document : « LISTE DES PRETRES DU SEMINAIRE DE MALINES DEPUIS LE CONCORDAT JUSQU’EN 1825 – p.40 » nous révèle des renseignements précieux sur le passage de JFB au séminaire de Malines. Il y est entré le 28 septembre 1820. 3 mois plus tard, le 1 er janvier 1821 , une demande d’obtention d’une bourse a été introduite. Un acte² de Guillaume, Roi des Pays-Bas, Prince d’Orange-Nassau, etc… du 19 juin 1821 lui octroie une demi-bourse d’étude pour suivre cette formation. JFB doit donc être un garçon méritant et de bonne famille pour pouvoir bénéficier de ce privilège.
JFB est enfin ordonné prêtre le 15 mars 1824.

28 ans est un âge déjà fort avancé pour accéder à la prêtrise à l’époque. La date sur l’acte d’octroi de la bourse est le 11 décembre 1798. Sur base de cette date, il aurait donc seulement 25 ans. N’a-t-il pas menti sur cette date pour pouvoir obtenir la demi-bourse et suivre ce cursus ? Nous apprenons aussi que le prénom de JFB est parfois inversé. « François » doit être le prénom usuel de JFB, ce qui explique la raison du choix de « Franciscus » pour le nom donné à la plus grosse des 3 cloches ayant fait l’objet du legs de JFB à sa mort à l’église SaintAmand de Hamme-Mille. Sorti du Grand Séminaire le 30 mars 1824, JFB est affecté en premier lieu comme vicaire à la paroisse Saint-Etienne à Braine-l’Alleud (1824-1826).

Chapelain à Bois Seigneur Isaac (1826 – 1828)

Paul De Vroede fut le chapelain de la chapelle du Saint-Sang à Bois-Seigneur-Isaac jusqu’à sa mort en 1823. Les premiers mois de 1824, la chapelle est desservie temporairement par J.F. Kinart (ou Kinaert) , le désservant de Ophain, paroisse dont dépend la chapelle.
Près de 8 mois plus tard, le 15 novembre 1824, J.F. Brasseur est nommé comme chapelain, J.F. Kinart continuant pour sa part à desservir l’église paroissiale de Ophain. Cette situation perdure jusqu’au 17 septembre 1828, date à laquelle J.F. Brasseur démissionne.

Pour le Père J.F. Brasseur, en septembre 1828, le départ vers l’Amérique est proche !
Nos recherches nous ont permis de retrouver sa trace en Louisiane.
Dans une 2ème partie, nous relaterons ces

« 10 années de mission et de folles aventures en Amérique (1831-1840) ».

A suivre donc….

Juillet 2021, Jean-Luc Lecluse

Sources : Outre différents actes retrouvés aux AGR et sur NETRADYLE
1 : J. TARLIER et A. WAUTERS, Extrait de Géographie et Histoire des Communes Belges – Province de Brabant – Canton de Jodoigne, août 1872 – A.DECQ, EDITEUR – p165.

2 : Acte du 19 juin 1821 -n° 50- d’octroi par Guillaume d’Orange de bourses d’études au séminaire de Malines –
AGR-Archief Provincie Antwerpen, K 478/035 – stukken onder nr. N001.26/5303 en 5304

3 : AGR – Hamme-Mille (Beauvechain), paroisse Saint Amand – Registres Paroissiaux. Actes de baptêmes – 0148_000_00170_003_A_0005_r10/02/1779 – 29/08/1796 – p124 de 166

4 : AGR-Hamme-Mille-Etat civil: actes de naissances-89874/A_81811797-1860 – p. 190 de 850

5 : Les almanachs du clergé catholique romain de 1822 à 1829.